Musique : vers la fin de l’empire Cash Money ?

Cash Money Records

Le rap est une musique des plus intéressantes. Les rappeurs le sont encore plus. Avec le succès, leurs egos atteignent des stratosphères inégalées. Tout le monde le sait : en altitude, le manque d’oxygène et le froid atteignent clairement le bulbe. Et c’est là que cela devient très intéressant.

Avant de rentrer dans l’affaire Cash Money, un petit rappel sur la psychologie du rappeur s’impose. Le rappeur à succès est un roi en plein règne. Il a une cour à entretenir, un territoire à protéger, et surtout des ennemis à éliminer. Et oui, les places au sommet sont rares, et une fois sur le trône, le monarque n’a qu’une seul crainte : voir des effrontés venir lui prendre sa place.

Finalement, les rappeurs sont des individus très conservateurs. Ils clament tous leur titre de noblesse à longueur d’albums, et je suis toujours stupéfait de voir le nombre de monarchies qu’il y a au sein du rap. Les royaumes du sud, du nord, de l’ouest, de la trap, les principautés, les duchés (Oh Booba, quand tu nous tiens). Dans cet océan de micro-Etats, l’ambiance féodale est de mise. On fourbit en continu ses armes pour assaillir le royaume voisin et s’emparer du château mitoyen.

Ce climat belliqueux est propice aux coups les plus bas et aux attaques les plus disgracieuses. Prendre l’ennemi par surprise, l’attaquer de front, lui préparer des guets-apens, font partie du jeu. Guerres de clan, luttes intestines, trahisons, retournements de situations et alliances fortuites sont le lot quotidien de nos souverains en quête de plus de pouvoir.

Et c’est exactement ce qui est train de se passer au sein du label Cash Money. Globalement, Cash Money est au rap ce que Margaret Thatcher est à la politique anglaise. Haï en public, adulé en privé, puissant en apparence, tacticien en filigrane, conservateur sur la forme, révolutionnaire dans le fond, et surtout qui marque l’histoire.

Cash Money, c’est aussi le rêve américain sublimé, à savoir l’ascension fulgurante des frères Williams, Baby et Slim. Baby (ou maintenant Birdman) est l’artiste omniprésent du clan, alors que Slim est la face cachée de la lune. A eux deux, ils ont bâti un empire de plusieurs centaines de millions de dollars. Dans les années 1990, les 2 frères montent le label, distribuent des artistes locaux, connaissent un succès commercial et d’estime qui attire l’attention d’une major, Universal. Un contrat de distribution est signé, et c’est d’ailleurs le même contrat qui est en place jusqu’à présent. Les pépites du début sont Mannie Fresh (le compositeur tous les premiers hits), Juvenile, B.G., Turk. La poule aux œufs d’or est Lil Wayne, qui atteindra le statut de superstar en 2008 avec son album classique « Tha Carter III ».

Après 2008, place à la nouvelle génération avec la sous-famille Young Money : Tyga, Drake, Nicki Minaj pour ne citer qu’eux. Tout semble aller pour le mieux au sein du clan CashMoney/YoungMoney rebaptisée YMCMB pour l’occasion (Young Money Cash Money Billionaires, tout un programme). Les albums collaboratifs sortent, l’entente et l’union sacrée sont affichées à chaque clip. Mais c’était sans compter sur l’irrévérence du jeune pharaon Tyga,

Le 22 octobre 2014, il refuse manifestement l’ordre établi, et part en guerre contre Young Money. Le missile sol/sol est tiré sans avertissement. A la surprise générale, Tyga prend ses distances avec Nicki Minaj et Drake. Il dit ne pas bien s’entendre avec eux. L’effronté a osé. Mais fin tacticien et gentleman dans l’âme, il s’attaque au mâle : la cible principale, c’est Drake.

Depuis, les 2 compères se répondent sur Twitter et par morceaux interposés. On ne va pas s’en plaindre, la joute musicale et sociale est de qualité, et ce pour notre plus grand bonheur. En décembre 2014, Tyga quitte d’ailleurs le label Cash Money. Le navire Cash Money commence sérieusement à prendre l’eau.

Ensuite, pour Cash Money, c’est le cauchemar qui devient réalité. Le 4 décembre 2014, les déclarations de Lil Wayne, fils spirituel de Birdman et pilier artistique du label, font l’effet d’une bombe. Il part lui aussi en guerre. Place à l’artillerie lourde directement : la catapulte juridique est chargée. Lil Wayne veut quitter le label Cash Money. Globalement, tout le monde croit à la fatigue passagère ou l’exaspération momentanée. C’est humain. La sortie de l’album « Tha Carter V » ne cesse d’être repoussée. Les tweets incendiaires de l’artiste peuvent être mis sur le compte de l’impatience. Et puis qui imagine le label Cash Money sans Lil Wayne ? Pas de quoi s’inquiéter outre mesure. On peut passer les fêtes de fin d’année l’esprit tranquille.

Mais le 29 janvier 2015, les choses se précisent. Lil Wayne est prêt à couper des têtes ou du moins à vider les caisses du royaume. Des détails sur les affaires légales en cours fuitent. Lil Wayne demandent 51 millions de dollars à Cash Money, en plus d’avoir la possibilité de quitter le label. Là, rien ne va plus. L’état de siège est décrété. Au passage, on gagne l’accès aux détails crosutillants du contrat de Lil Wayne avec Cash Money : http://fr.scribd.com/doc/254045771/Lil-Wayne-v-Cash-Money-complaint-pdf.

Et nous voilà donc, en ce mois de février 2015, suspendu à la décision du tribunal de New York qui a été saisi de l’affaire. Mais quelle que soit l’issue de ce différent, une chose est sûre : plus ne sera jamais pareil pour Cash Money, et ce malgré le succès des nouveaux protégés de Birdaman, Young Thug et Rich Homie Quan.

Et vous, vous en pensez quoi de ce qui passe chez Cash Money ?

BridgeDeliboy

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